mardi 1 mai 2018

MUSICIENS DE RUE A STRASBOURG


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Lui est musicien de rue depuis 40 ans, un autre joue une heure tous les jours devant la cathédrale. Compositeurs, musiciens roumains, fans de reggae, tous se partagent les rues passantes de Strasbourg, et particulièrement celles du centre-ville. Ces artistes racontent comment ils en sont venus à jouer dans la rue, comment ils vivent de leur métier, la concurrence depuis l’arrivée de musiciens venus des pays de l’Est et les rapports avec la police…

Brice Bauer, si ma cathédrale m’était jouée

Slalom entre deux touristes bedonnants et direction la cathédrale. Des accords effleurés par l’archet d’un violoncelle retentissent sur la place, et se mêlent aux bruits des passants, des cafés, d’un promeneur anglais en short à la recherche « de la boutique de glaces Amorino ».
Brice Bauer, 39 ans, visage exalté, semble faire corps avec son instrument. Puis à 15h exactement, après une heure de jeu, il repose son archet, après avoir interprété le fameux prélude de Bach. « Je refuse de jouer les morceaux que je les gens attendent. Ce morceau, c’est la seule concession que je fais, c’est bien pour terminer. Certains jouent l’Ave Maria toute la journée, parce que tout le monde connaît. Moi, j’ai composé des morceaux pour la Cathédrale et notamment une suite. Ça s’appelle éclats-scission, » raconte-t-il, un brin de fierté dans la voix. Pourquoi la cathédrale ? Parce que « le lieu est une scène parfaite et que je n’ai jamais réussi à jouer ailleurs. »
« Je gagne au moins un SMIC tous les mois »
Brice Bauer est musicien de rue professionnel. Un métier précaire, mais dont il parvient à vivre.
« Je gagne au moins l’équivalent d’un SMIC tous les mois. Mais la condition c’est d’être là une heure tous les jours de l’année. En moyenne, je gagne 50€ en une heure, mais ça peut aller jusque 120€ l’été. Lors du marché de Noël, c’étaient des mois à 3 000€. L’hiver, il faut prévoir un réchaud pour les mains, ce n’est pas toujours facile. »
Être musicien de rue et avoir de la reconnaissance, c’est pour l’artiste aux pulls et jean élimés loin d’être incompatible :
« Je ne veux pas que les gens croient que je fais la manche, je veux être reconnu comme un musicien, qui joue dans la rue. C’est une liberté que je prends et non une liberté que je m’impose. Quand je joue, c’est comme une méditation, je suis habité. En un an, il n’y a peut-être que cinq ou six jours où je ne joue pas. Quand c’est comme ça, c’est comme si quelque chose manquait, c’est devenu une nécessité. »
« Le travail du musicien de rue, c’est de faire s’arrêter les gens »
Pour Brice Bauer, le public, malgré lui, devient un acteur de son jeu :
« Le travail du musicien de rue, c’est de faire s’arrêter les gens, réussir à les capter et les faire rester. Parfois, ça se joue à trois fois rien. Je rate une note, ils ne l’entendent pas, mais ils partent parce qu’ils sentent qu’il y a quelque chose d’inconfortable en moi. »
Si le musicien est de formation classique, il n’a pour autant pas toujours suivi la voie académique :
« J’ai pris des cours avec un maître pendant dix ans, jusqu’à mes 17 ou 18 ans. Mais il n’y avait pas de règle comme au conservatoire, on pouvait jouer deux ou trois heures le même jour. Et puis, à un moment, quand j’ai eu 15 ans, je me suis même tourné vers la scène électronique. J’ai aussi joué deux ou trois ans avec Luc Arbogast, de The Voice. »
« Le style expérimental, les japonais l’apprécient »
Son style ? « Classique il est vrai, avec des résonnances de blues et de rock, et parfois contemporain. » Et de glisser avec l’œil du musicien qui connaît son public et sa ville : « le style expérimental, les japonais l’apprécient tout particulièrement ».
Mais il faut aussi composer avec la municipalité et la montée de la concurrence entre musiciens. « Il y a de plus en plus de musiciens des pays de l’Est. Ils ne respectent rien, jouent avec des amplis alors que c’est interdit, du matin jusqu’au soir, et toujours le même morceau à destination des touristes » décrit-il, agacé. Quand à la police, « elle me laisse tranquille, car quand je joue une heure devant la cathédrale, les musiciens roumains ne rappliquent pas, ça les arrange bien. »

« Romania ! »


Victor Stanescu est venu de Roumanie pour jouer de l’accordéon dans les rues de Strasbourg. (Photo Emilie Sizarols)
Rue des Hallebardes mardi 4 avril, peuplée par la foule et presque étouffante. Un accordéoniste affaissé ne joue que par intermittence, les yeux dans le vide. Tentative d’approche, un carnet à la main. Il prend peur. « Vous parlez français ? » « Romania, Romania » répond-t-il, affolé. Il sort sa carte d’identité, comme croyant à un contrôle de police. Face à la barrière de la langue, juste un nom à l’arrachée : Victor Stanescu.
À chacun son style…
Un autre musicien de rue, accordéon à la main, a choisi de jouer en déambulant entre les passants. Un moyen de contourner la règle des 20 minutes maximales de présence autorisée à un même endroit.

« Reggae men »

« Viens, assieds-toi là » fait Brendon Carey, en tapotant une veste posée sous les porches de la rue des Grandes-Arcades. Collier aux couleurs de la Jamaïque, barbe grise fournie, bière 1664 aux pieds, le guitariste affiche un sourire serein. De la poésie dans la voix, il défend sa philosophie de vie :
« La musique de rue, c’est la vie, c’est la culture du partage. Tu mesures l’ouverture des gens toute la journée, il n’y a pas de projection, c’est la spontanéité pure. »
La musique, il l’a apprise en Martinique, aux côtés de son père, alors chanteur dans un groupe. « À 13 ou 14 ans, je jouais déjà de manière professionnelle dans les bars » décrit-il, les yeux pétillants.
À Strasbourg depuis deux ans, il joue environ trois fois par semaine, plusieurs heures par jour, sous les arcades, « parce qu’il y a quelques arbres en face, et que l’ambiance ici me fait kiffer. » Avec Augustin, au cajon, il forme le groupe « Dynamic System ». Son comparse, plus effacé, cicatrice au visage, évoque évasivement sa vie : « J’ai fait la guerre et j’ai vu des balles passer, alors quand d’autres occupants de la rue viennent chercher la bagarre, je suis prêt ». Quant à la police, elle « vient parfois nous embêter quand nous dépassons les 20 minutes de jeu et que les voisins appellent, mais ça ne nous empêche pas de jouer. Après tout, ils ont choisi d’habiter une rue animée. » argue Brendon Carey, avec un grand sourire.

Loïc Connan au grand cœur

Ajustement du pied à la bonne hauteur, branchement du micro, frottement de mains. Plus que la sangle de guitare à enfiler et Loïc Connan -nom de scène « Pierre de Cœur »- est prêt à faire entendre place Kléber ses reprises de variété française. Guitare bleue flashy en main, bonhommie des traits et joues bien pleines, il ouvre la bouche pour entamer les premières notes, quand soudain une jeune fille surgit : « Vous connaissez la vie en rose ? La Bohème ? Je veux chanter ». Sourire jovial du musicien : « Je fais assez peu de reprises. Peut-être du Charles Gainsbourg ? » Le duo improvisé trouve vite son rythme. Et la mère d’Aurélie, 16 ans, en vacances à Strasbourg pour quelques jours, de s’extasier : « tu as biiiien chanté, tu étais à l’aise ? »
« La Ville a l’air assez tolérante envers les musiciens de rue »
Loïc n’en est qu’à sa deuxième prestation strasbourgeoise. « Je suis seulement là pour les vacances, mais je me suis dit que j’allais en profiter pour faire entendre ma musique. » Le jeune musicien est plutôt un habitué des concerts dans les bars, même si l’an dernier il a « fait le festival des arts de la rue à Grenoble ». La rue, c’est surtout pour lui « un bon moyen de tester ses compositions ». Et puis 30€ en 45 minutes à Strasbourg l’an dernier, ce n’est pas si mal.
Les avantages de Strasbourg ? « La Ville a l’air assez tolérante envers les musiciens de rue. Il y a des municipalités où c’est vraiment mal vu. J’ai un peu flippé quand j’ai vu des policiers passer tout à l’heure, mais ils m’ont laissé tranquille. » Fin de soirée pour le guitariste au grand cœur : scène ouverte aux « Savons d’Hélène », histoire de retrouver les salles sombres où il se produit d’habitude.
Jean-Luc Traber a 40 ans de pratique de musique dans la rue. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Jean-Luc Traber a 40 ans de pratique de musique dans la rue. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Jean-Luc Traber, musicien de rue depuis 40 ans

« Vous prenez une photo, c’est une petite pièce ». Visage renfrogné, son chihuahua et son boxer aux pieds, Jean-Luc Traber, 52 ans, joue rue des Hallebardes quelques accords de guitare jazz. Puis repose son instrument, et va faire la quête auprès des clients du restaurant situé en face de son « spot » temporaire. Une stratégie bien rôdée.
« Musicien de rue ? Ça fait 40 ans que je le suis. Je joue pour rencontrer des gens, mais c’est surtout une carte de visite, pour décrocher des contrats et jouer à des mariages, ou faire de petits concerts. »
Lui aussi se plaint de la concurrence des musiciens venus des pays de l’Est : « Certains jouent les deux mêmes morceaux toute la journée. Les gens en ont marre de voir un musicien tous les 50 mètres. Ils foutent en l’air notre métier. » Et de remballer son matériel, après avoir « gagné 40 ou 50€ en deux heures. »

PopCorde, rue des Grandes Arcades…Philippe, One Man Band


Étudiant grec, Philippe Kollias est à Strasbourg pour une licence de musiques actuelles (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
« J’ai 27 ans, mais ça fait déjà dix ans que je joue dans la rue. » Philippe Kollias hésite un peu sur les mots, avec un accent méditerranéen. Cet étudiant grec est arrivé à Strasbourg en septembre pour entamer une licence de musiques actuelles. Il joue aussi dans les bars ; en une heure dans la rue, il gagne « de 3€ à 60€ ».
Style qui détonne, avec son instrument, le « One Man Band », composé d’une guitare, d’une percussion accrochée dans son dos, d’un harmonica, et de sa voix. « L’avantage de la rue, c’est qu’il n’y a pas à s’organiser. Si tu as envie d’y aller, tu y vas, sinon tu restes chez toi », glisse l’étudiant.

Antoinette Cremona : « je suis musicienne, plasticienne, marionnettiste »

Antoinette Cremona, c’est d’abord une voix !
« Merci ma puce, tu ne veux pas plutôt me donner ta glace ? » Le sourire dans la voix d’Antoinette Cremona, alors qu’une petite fille blonde dépose une pièce dans sa housse de guitare. Grattement d’accords et la trentenaire entame « Insensé », sa « seule composition écrite en français, un coup de gueule contre les gouvernants qui pensent, sous prétexte qu’ils ont de l’argent, qu’ils sont les maîtres de nos vies. »
Rue des Grandes Arcades, les passants s’arrêtent, comme happés par cette voix puissante et le naturel chaleureux de la musicienne. Un homme dans la soixantaine, veste de costume mal ajustée et béret s’immisce dans sa chanson. Un jeu théâtral s’installe : « quand tu me tiens dans… » / « tes braaaaaas » finit le passant, alors que le rire des deux protagonistes résonne sous les arcades.

Antoinette Cremona, une musicienne à la voix faite pour chanter dans la rue (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Guitare aux arabesques peintes, vélo abîmé adossé au mur : « J’aime ce qui est patiné, rouillé, ce qui a vécu », décrit la chanteuse, le revendiquant comme une identité. Antoinette : artiste multi-casquette, « marionnettiste, plasticienne et musicienne trois à quatre fois par semaine. » Même si elle l’admet, « la musique, apprise en autodidacte, prend une part de plus en plus importante dans ma vie. »

« Les moulins de mon cœur », « Sous le ciel de Paris », « Petit vin blanc »…

M. Paul n’entend pas rester stoïque avec son orgue de barbarie… La Fanfare Feis remue la place Austerlitz.
Reggiani, Brel, Bécaud : accompagné de son orgue de barbarie, place du Marché-aux-Cochons-de-Lait, Paul Fernique alias « Monsieur Paul », comme il se fait appeler quand il est « sur la scène » chante, d’une voix de conteur, un répertoire délicieusement daté. Mais pas seulement. « Dernièrement, j’ai ajouté des cartons de Johnny Hallyday, Leonard Cohen… Je travaille aussi sur une série Salvatore Adamo, » décrit le musicien.
Comme une envie de « faire aimer son instrument ». Un orgue de barbarie, de 92 kilos, fait sur mesure, « acheté il y a sept ans pour 12 000 euros à un artisan de Saint-Etienne ». Il faut encore le transporter « comme à l’ancienne » pour jouer, « renouveler les cartons à insérer dans l’instrument, que l’on peut désormais faire soi-même à l’aide d’un logiciel », et attraper le passant. Monsieur Paul  ne choisit pas les rues les plus passantes, il ne gagne que 10€ en moyenne par heure avec ses chansons.
Monsieur Paul joue plutôt la carte nostalgique (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Monsieur Paul joue plutôt la carte nostalgique (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Aux alentours de 16h, sur la place aux allures de carte postale, comme figée dans le temps, un bambin dans une poussette passe devant le musicien. Un instant, les regards s’accrochent entre l’enfant et l’homme de 58 ans. Peut-être le look « de gavroche » du musicien est-il pour quelque chose dans la fascination de l’enfant. Béret, boucle d’oreille en métal, lunettes rondes, gilet noir…
« C’est l’aspect traditionnel du musicien qui joue de l’orgue de barbarie, décrit Paul. C’est un peu le respect que l’on doit aux passants que de respecter ces codes. »
Le territoire de Paul : la place du Marché-aux-Cochons-de-Lait la plupart du temps, près de la cathédrale l’été, un coin lors des spectacles sons et lumières et puis quelques festivals de musique mécanique dans le sud de la France…
Collectif acoustic : « musiciens sans frontières et convergence des styles » (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Collectif acoustic : « musiciens sans frontières et convergence des styles » (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Collectif acoustic, de la musique bio

Le collectif Acoustic préfère une relation directe avec le public
Sorin à la contrebasse, Marius au violon, Georges et Ervin à la guitare. Les quatre membres du « Collectif acoustic » sont originaires de Hongrie, Roumanie, Moldavie… Leur credo : « la musique naturelle, sans électricité, et de qualité ». C’est un peu « comme les légumes bios par rapport aux légumes industrielles » défend Sorin, le contrebassiste. Et de continuer avec sa métaphore farfelue, un brin exalté :
« Les gens sont empoisonnés par des OGM musicaux. Nous, nous proposons un peu de vitamine D, une occasion de sortir prendre le soleil, de venir partager une musique pure et simple, ambassadrice de la paix. »
Sorin défend une musique sans électricité, naturelle, proche... (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Sorin défend une musique sans électricité, naturelle, proche… (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Le groupe, revendique-t-il, est fait de « musiciens sans frontières », dans une convergence de style d’Europe de l’Est, jazz, classique.
« Notre défi, c’est de faire voyager les gens, d’éveiller leur curiosité, leur intelligence. Les enfants sont aussi un public important, ils ne sont pas contaminés par une vision négative des musiciens de rue. »
Et de conclure, alors que quelques applaudissements retentissent sur la terrasse du restaurant « La corde à Linge », dans la Petite-France : « Nous jouons dans la rue à l’occasion, mais nous ne sommes pas des clochards ».
Les rues de Strasbourg accueillent aussi la fanfare FEIS des Externes et des Internes de Strasbourg, et des artistes qui souhaitent rester anonymes, comme ce saxophoniste place de la Cathédrale, ce guitariste place Kléber…

mercredi 18 avril 2018

Admirable transcendance.

Musulmane pratiquante, Latifa Ibn Ziaten arrive en France en 1977 à l'âge de 17 ans, pour rejoindre à Sotteville-lès-Rouen son mari Ahmed qui est cheminot à la SNCF3.
Imad Ibn Ziaten
Elle est la mère de cinq enfants, quatre garçons et une fille, dont Imad ibn Ziaten, sous-officier du 1er régiment du train parachutiste de Francazal, à côté de Toulouse, assassiné par Mohammed Merah le 4. Elle travaille alors comme surveillante et hôtesse d'accueil au musée des beaux-arts de Rouen.
Après la mort de son fils, elle se rend aux Izards, une cité du nord-est de Toulouse où vivait l'assassin de son fils. Elle y croise un groupe de jeunes garçons qui traînent au pied des tours et qui l'interpellent et lui disent que « le terroriste était “un héros, un martyr de l'islam”. » En apprenant son identité, ils s'excusent5.
À la suite de cette rencontre, elle décide de créer l'association Imad-Ibn-Ziaten pour la jeunesse et pour la paix en avril 20126, dans le but de venir en aide aux jeunes des quartiers en difficulté1, et de promouvoir la laïcité et le dialogue interreligieux7. L'association est parrainée par l'acteur Jamel Debbouze, et un bureau est mis à sa disposition à la mairie du 4e arrondissement de Paris par Christophe Girard.
En février 2014, en présence du ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) de Midi-Pyrénées rend hommage à son association en lui remettant un prix pour honorer son travail7. Elle obtient également le soutien du ministère de l'Éducation nationale qui lui octroie une subvention annuelle.
En janvier 2015, elle est invitée à la synagogue de la Victoire à Paris, en présence du président de la République, François Hollande, pour allumer une bougie en hommage aux dix-sept victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo et de la prise d'otages du magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes.
Le 19 novembre 2015, en présence du président Hollande, Latifa Ibn Ziaten reçoit le Prix pour la prévention des conflits de la fondation Chirac, pour son action de promotion d'un dialogue inter-religieux et d'une culture de la paix8.
En 2017, les réalisateurs Olivier Peyon et Cyril Brody lui consacrent un documentaire : Latifa, le cœur au combat.


Les étudiants en quatrième année de Sciences Po Toulouse, qui seront diplômés l'an prochain, ont choisi de baptiser leur promotion du nom de Latifa Ibn Ziaten, la mère d'Imad Ibn Ziaten, qui fut la première victime du jihadiste Mohammed Merah le 11 mars 2012 à Toulouse, indique le site de l'IEP.

lundi 12 mars 2018

vivre sans déchets ni achats pendant un an


LU DANS https://www.rue89strasbourg.com

http://sansobjetsansdechet.fr/
Extrême, certainement, mais cette expérience questionne, interpelle.
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Souvenez-vous de notre étonnant défi : un an sans acheter aucun objet, ni générer aucun déchet ! Après 6 mois à ce régime, les difficultés rencontrées et les bénéfices engrangés par notre famille de deux adultes et deux enfants sont de divers ordres. J’évoquerai rapidement la question de l’alimentation (ce qu’on continue à acheter), que j’ai déjà développée dans ces pages, puis celle du non-achat de biens divers (vêtements, jouets, éléments pour la maison…), pour enfin vous faire part de nos mises en perspective, nécessaires quand on s’engage dans une telle démarche de longue haleine, qui bouscule et modifie nos habitudes en profondeur.

En 6 mois, 6,5% de la production de déchets par an et par habitant


Poubellomètre de notre famille SOSD à mi-parcours de notre défi annuel (Crédit SOSD)
Avant cela, un premier constat : en 6 mois, chaque membre de notre famille a généré moins de 6,5% des déchets que produit un habitant de l’Eurométropole chaque année ! Chez nous, chaque individu a produit en une demi-année 30 kilos de déchets, recyclés à 100% et collectés soit dans la benne à verre du quartier, soit en bio-déchets qui maturent actuellement dans notre compost, soit dans la poubelle jaune, direction l’usine de recyclage.
Notre poubelle bleue (déchets non recyclables) est restée, reste et restera à zéro, puisque les déchets non-recyclables que nous produisons, hérités bien souvent de notre vie antérieure, sont toujours stockés sous notre évier dans nos petites poubelles résiduelles individuelles (photos ci-dessous). Si nous restons sur cette tendance, nous produirons en tout et pour tout, à quatre, une vingtaine de litres de déchets résiduels sur un an ! Heureux et fiers, nous sommes.

Six mois de poubelles – Marc et Marie, les adultes SOSD (Photo MH / SOSD)

Six mois de poubelles – Alice et Simon, les enfants SOSD (Photo SOSD)

Mettre l’alimentation au centre des dépenses quotidiennes

Mais le vrai bonus de notre démarche, c’est qu’elle permet de mettre l’alimentation au centre des dépenses (budget) et des achats (acte concret d’acheter) du ménage au quotidien. Notre budget alimentation et le temps passé à faire les courses prennent donc une place prépondérante, à la hauteur de l’importance que représente l’acte de se nourrir pour notre santé autant que pour notre environnement. Concrètement, l’alimentation est notre second poste budgétaire après le logement (crédit, assurances, charges et impôts) et avant les frais de transports, de loisirs ou de formation.
Néanmoins, les questions de temps passé, de budget engagé et de lieux d’approvisionnement alimentaire reviennent souvent dans nos conférences ou en commentaires sur internet. Outre les réponses que nous avons pu apporter sur notre blog ou sur Rue89 Strasbourg, nous tenons à répéter cette idée, qui sonne juste pour nous : alléger notre empreinte écologique et améliorer notre qualité de vie passent, à notre avis, par le fait de consacrer une part certaine de notre temps à nous approvisionner en aliments bio, locaux, bruts et de saison, à cuisiner et à prendre nos repas en famille. Rue89 Strasbourg consacre d’ailleurs son prochain Apéro des possibles à ce sujet, lundi soir.
Chez nous, l’alimentation représente en moyenne deux heures de courses par semaine, sur deux à trois moments différents, une heure de cuisine par jour divisée en trois repas, 1h30 à table, à raison de 30 minutes par repas environ. (Je ne comptabilise pas la vaisselle à la main, mais je pourrais, hé hé…)
Ce choix nous apporte du plaisir et une immense satisfaction, il nous permet de passer des moments simples et joyeux ensemble, à faire le marché, cuisiner, goûter de nouveaux plats, prendre soin de nos proches, donner du plaisir à nos amis. Notre démarche est concrète, mais aussi politique et engagée, à la fois individuelle et à portée collective, espérons-nous.

Vêtements, jouets, accessoires pour la maison : accepter ses vrais besoins

Si l’on sort de la cuisine et que l’on songe aux autres achats (que l’on ne fait plus), il faut bien se rendre compte que, adeptes du désencombrement et du minimalisme, nous n’avons pas, chez nous, des montagnes de vêtements peu portés, de livres pas encore lus, de la vaisselle fine pour les grandes occasions ou des réserves diverses en jouets, bibelots, décos ou linge en tous genres, qui patienteraient gentiment à la cave ou dans des placards, pour le jour où l’on aurait une petite envie de changement, du monde à la maison ou un truc qui casse.
Et c’est tant mieux, parce que l’on sent d’autant plus facilement où ça coince et quand est-ce que ça passe comme dans du beurre, où sont nos « vrais » besoins, ceux sur lesquels faire l’impasse nous coûterait (honnêtement, je n’ai pas d’exemple, je pense que nous avons tout ce qui nous est réellement nécessaire actuellement) et ce qui pourrait améliorer notre confort, mais dont on se passe très bien.
Concernant les « produits » culturels, pas de souci, les médiathèques sont des puits sans fond, qui nous contentent entièrement. A la cuisine, certains ustensiles me seraient utiles, mais je détourne ou fait l’impasse sur certaines recettes. Côté papeterie, un beau cahier pour faire mon bullet journal me tente ? Ce sera pour l’année prochaine. Pour le moment, un vieux cahier fait très bien l’affaire. Terminons les stocks de stylos ou de laine, c’est bon de repartir à zéro de temps en temps.
Niveau fringues, l’affaire n’est pas toujours aisée, notamment pour Marc qui tourne avec très peu de vêtements et s’est fait son petit coup de « costard blues », avant de se reprendre, optimiste et sincère. Certes, quelques paires de chaussettes sont mortes, des pulls reprisés et des vêtements d’enfants trop justes aux manches, mais notre stock nous permet encore d’avoir des sous-vêtements propres tous les matins.

Eviter l’effet rebond

C’est vrai, nous nous lassons parfois de remettre pour la 67ème fois, d’affilée ou presque, le même pull et la même paire de jeans, mais ces sentiments sont vite surmontés : nous n’avons qu’une paire de pieds et qu’une paire de fesses, pas besoin d’avoir 36 choix en matière de godasses ou de pantalons… Un constat permis aussi par notre déconnexion des boutiques, de la pub et des magazines. De tout cela, j’avoue ne me sentir personnellement que partiellement libérée, sachant que l’effet rebond sera à surveiller et une stratégie à mettre en place en août, avant la fin du défi…
Les enfants, eux, ont adoré leur Noël de cadeaux-expériences, ils ont été fiers de donner leurs bons cadeaux aux restaurants (sushis pour Alice, burgers pour Simon) et attendent avec impatience leur virée à Europa Park, attraction phare de leur hotte du père Noël. Ils reçoivent régulièrement des livres et quelques gadgets chez leur papa, qui n’a pas changé ses habitudes, et apprécient globalement le fait de redécouvrir les jouets de leurs chambres, de mixer les univers Lego et Playmobil, de s’amuser avec leurs figurines animalières ou de jouer aux déguisements, plutôt que d’ouvrir de nouvelles boîtes de jeux tous les quatre matins.

Les objets qui lâchent ou qui manquent

Plus difficile, quand on est un peu perfectionniste, les objets qui lâchent, comme cette tisanière, que nous utilisons cassée, ces chaussons troués super moches que je vais me traîner encore quelques mois, les lampes de chevet qu’on bouge dans la maison en fonction des besoins parce qu’il nous en manque deux pour être au poil, les étagères ou meubles de cuisine qu’il faudrait installer pour être tout à fait à l’aise dans cet appartement que nous habitons depuis moins d’un an. Des détails.
Et puis, il y a les compensations parfois nécessaires aux frustrations de la vie, que d’aucuns comblent à leur façon, par le shopping, l’alcool ou la junk food, le tabac, les conquêtes… Alors que nous nous coupons de ces différentes sourcespotentielles de distraction, de « remplissage » des manques, nous sommes parfois confrontés à nous-mêmes, à nos résistances, au sens même de notre existence.
C’est pour cette raison que ces défis que l’on se fixe, qui ne nous apparaissent pas toujours aussi sexy qu’on le voudrait, ne vont pas sans une bonne dose de réflexion sur soi-même et de développement personnel. Comprendre ce que l’on cherche à combler par tel ou tel comportement est l’étape nécessaire après la fabrication de son déodorant ou la découverte des meilleures boutiques de vrac.

« Notre démarche individuelle, complètement anecdotique ? »

Néanmoins, ce serait mentir que de ne pas reconnaître que fabriquer nos propres produits (efficaces) ou chiner parfois quelques livres d’occasion pour mes cours (permis dans la charte !) sont des occupations qui me procurent du plaisir et éloignent parfois le spectre de la question : « Et si on faisait tout ça pour rien ? » Ou, de sa copine : « Notre démarche individuelle est complètement anecdotique : pourquoi se fait-on autant ch*** alors qu’autour de nous, les gens balancent deux sacs de 50 litres par semaine et que notre collectivité veut faire de Strasbourg la capitale de l’incinération des déchets du Grand Est ? » Pourquoi tant d’efforts ? me dis-je parfois en passant devant cette jolie doudoune en solde, par temps de grand froid…
Les réponses à ces questions, bien sûr, viennent dans la foulée : parce qu’il est important, enrichissant, précieux pour nous de dépasser nos conditionnements, de questionner nos comportements, de vivre toujours plus en cohérence avec nos idées écologistes et humanistes. Parce que, de plus en plus fréquemment, vous nous confiez que nous sommes une source d’inspiration pour vous, que vous avez changé telle ou telle habitude qui vous pesait, que vous nous remerciez. Des mots qui nous font du bien. Alors, même si c’est avant tout pour nos pommes que nous persévérons, votre soutien nous motive, rallume notre petite flamme du partage quand elle tend à s’éteindre. Pour cela, merci, vraiment.